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Basé sur 330 TWh/an · 4 500 milliards de litres d'eau · 150 millions de tonnes CO₂/an — ensemble des IA mondiales en 2025.
Sources : Shift Project oct. 2025 · ONU juin 2026 · IEA 2025

La France traverse sa cinquième vague de chaleur depuis le début de l’été. 80 départements en vigilance orange, des records de température battus localement, et une géographe du Haut conseil pour le climat qui résume la situation sans détour : les années les plus fraîches de notre avenir sont probablement celles que nous vivons en ce moment.

Carte Météo France canicule août 2026 — fortes chaleurs jusqu'à 41°C en France
Carte Météo France du 12 août 2026 — températures maximales prévues le 13 août 2026. Source : meteofrance.com

Dans ce contexte, une question mérite d’être posée calmement, sans culpabilisation excessive, mais sans détour non plus : ce que nous faisons chaque jour avec l’IA a un coût environnemental réel. Et ce coût reste largement invisible.

Des chiffres qui donnent l’échelle

Selon une étude de l’Université de Californie Riverside, une requête texte envoyée à une IA comme ChatGPT consomme environ 0,34 Wh d’électricité, soit environ 3 à 10 fois plus qu’une simple recherche Google. L’écart en énergie reste modeste. En revanche, les émissions de CO₂ sont 20 fois supérieures : 4,3 grammes par requête IA contre 0,2 gramme pour une recherche classique.

Mais ces chiffres concernent le texte. La génération d’image ou de vidéo change complètement l’équation. Générer une image avec une IA peut consommer jusqu’à 5 litres d’eau pour le refroidissement des serveurs. L’écart entre une requête texte et une génération d’image peut atteindre un facteur 100 à 200 en termes de consommation énergétique.

Selon Reporterre, la consommation mondiale des data centers a atteint 485 TWh en 2025, un chiffre qui pourrait doubler d’ici à 2030. En France spécifiquement, cette consommation pourrait être multipliée par 3,7 d’ici à 2035, selon l’Ademe.

L’eau, l’angle mort du débat

On parle beaucoup d’énergie et de CO₂. On parle beaucoup moins d’eau.

Pourtant, selon un rapport des Nations Unies de juin 2026, les centres de données ont consommé 4 500 milliards de litres d’eau en 2025, soit suffisamment pour répondre aux besoins en eau de plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne. Cette eau est utilisée pour refroidir les serveurs par évaporation : elle disparaît dans l’atmosphère, elle n’est pas recyclée.

Basta! documente précisément ce phénomène : à Marseille, le collectif Le nuage était sous nos pieds dénonce que les data centers surchauffent, renvoient de l’air ou de l’eau chaude dans une ville déjà trop souvent sujette à la canicule, et pompent des quantités astronomiques d’eau et d’électricité sur le réseau public. En 2023, les data centers de Google à eux seuls ont englouti 24 milliards de litres d’eau, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 453 000 Français.

Et les conflits d’usage autour de ces infrastructures se multiplient. Reporterre rapporte des oppositions en Uruguay, aux Pays-Bas, en Irlande, en Espagne, avec le mouvement « Tu nube seca mi rio » (« Ton nuage assèche ma rivière »). En France, les nappes phréatiques d’Île-de-France, notamment dans l’Essonne, sont déjà fragilisées par les forages des opérateurs de data centers.

Des data centers vulnérables au climat qu’ils contribuent à dérégler

Il y a une ironie profonde dans cette situation. Selon Reporterre, 26 % des projets de data centers français sont déjà considérés comme à haut risque climatique dès 2026. Le risque de dommages matériels lié aux aléas climatiques pourrait être multiplié par plus de quatre d’ici la fin du siècle.

Les infrastructures qui alimentent l’IA sont donc partiellement menacées par le réchauffement climatique qu’elles contribuent à aggraver. En pleine canicule, les serveurs chauffent davantage, consomment plus d’eau pour se refroidir, et sollicitent un réseau électrique déjà sous tension. Lors de la canicule de juin 2026, trois réacteurs nucléaires français ont dû être arrêtés et quatre autres ont vu leur puissance réduite, justement à cause des contraintes thermiques liées aux cours d’eau.

Et si on voyait le compteur tourner ?

C’est l’idée derrière les deux compteurs encadrant cet article. Non pas pour culpabiliser, mais pour rendre visible ce qui est habituellement invisible.

Chaque requête envoyée à une IA déclenche une cascade de calculs dans des serveurs climatisés, refroidis à l’eau, alimentés en électricité. Ce processus dure une fraction de seconde. Son coût, à l’échelle individuelle, est négligeable. À l’échelle de 400 millions d’utilisateurs actifs par semaine pour ChatGPT seul, il devient considérable.

Quand les géants tech forcent l’usage de l’IA

Il y a une dimension rarement abordée dans ce débat : une partie de la consommation des IA n’est pas choisie par les utilisateurs. Elle est imposée par les grandes entreprises technologiques qui intègrent l’IA dans leurs produits existants, qu’on le veuille ou non.

Microsoft a intégré Copilot dans l’ensemble de la suite Office : Word, Excel, PowerPoint, Teams, Outlook. Chaque utilisateur de Microsoft 365 se retrouve avec de l’IA activée par défaut dans ses outils quotidiens, qu’il l’utilise consciemment ou pas. Google a fait de même avec Gemini, intégré dans Gmail, Docs, Sheets, Meet et Drive depuis janvier 2025. Apple Intelligence s’installe sur nos smartphones.

Du côté de la recherche, Google a déployé ses AI Overviews, ces résumés générés par IA qui s’affichent en tête de chaque recherche. Si seulement une partie des 9 milliards de recherches Google quotidiennes est traitée par un modèle IA, cela représente 10 TWh d’électricité supplémentaires par an, soit la consommation annuelle entière de la Croatie.

La consommation électrique de Google a bondi de 37 % en 2025, contre 27 % l’année précédente. Et selon Morgan Stanley, d’ici 2027, l’IA générative à elle seule pourrait consommer autant d’électricité que l’Espagne.

Un rapport parlementaire de juillet 2026 dénonce le soutien effréné du gouvernement français aux data centers : leur puissance pourrait monter à 15 gigawatts en cinq ans, soit l’équivalent de 24 % de la puissance nucléaire française, au bénéfice quasi exclusif d’opérateurs extra-européens.

Et pour alimenter tout ça, certains data centers envisagent même de revenir en arrière. Reporterre révèle que des opérateurs de data centers envisagent de tourner au gaz fossile pour répondre aux besoins croissants de l’IA, une aberration climatique que la Commission européenne semble prête à faciliter.

Il existe un nom pour décrire ce paradoxe structurel : l’effet rebond de Jevons. Si une technologie devient plus efficace par requête, les usages explosent en volume, et la consommation globale augmente quand même. C’est exactement ce qui se passe avec l’IA : les modèles consomment de moins en moins par requête, mais le nombre de requêtes croît bien plus vite que les gains d’efficacité.

Ce que ça implique concrètement

Quelques réflexes simples peuvent faire une différence réelle, sans renoncer aux bénéfices de l’IA. L’Ademe elle-même invite à sortir du réflexe « IA partout » : avant d’y recourir, questionner le besoin, préférer des petits modèles spécialisés, et permettre aux utilisateurs de désactiver les fonctionnalités IA activées par défaut.

Privilégier le texte à l’image quand c’est possible. Générer une image par curiosité, pour un usage éphémère, mobilise des ressources sans commune mesure avec une requête textuelle.

Regrouper les demandes. Dix questions en une conversation consomme moins que dix conversations séparées.

Se demander si l’IA est vraiment nécessaire. Parfois, une recherche classique, un fichier déjà existant, ou quelques minutes de réflexion suffisent.

Désactiver les fonctionnalités IA inutiles. Copilot dans Word, Gemini dans Gmail, suggestions automatiques dans les applications : beaucoup de ces options peuvent être désactivées dans les paramètres, sans perte réelle de fonctionnalité pour la plupart des usages.

La vraie responsabilité reste du côté des acteurs

Actuellement, seulement 40 à 60 % des charges de travail de l’IA sont alimentées par des énergies renouvelables, malgré les engagements des grandes entreprises. Google a vu ses émissions de CO₂ augmenter de 48 % depuis 2019, Microsoft de 29 % depuis 2020.

Les choix structurels, localisation des data centers, sources d’énergie, technologies de refroidissement, restent avant tout entre les mains des fournisseurs et des régulateurs. Ce que les utilisateurs peuvent faire déplace l’aiguille à la marge. Ce que les gouvernements et les entreprises font, ou ne font pas, déplace l’aiguille à l’échelle.

Mais la lucidité individuelle reste utile. Non pas comme substitut à l’action collective, mais comme première étape d’une prise de conscience plus large. Et en cette cinquième canicule de l’été, peut-être le bon moment pour commencer à regarder ce que coûte vraiment notre confort numérique.

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